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 Cash-misère || Bunny

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RJ Kelly
sanctuaire : 8 Mile Road, de retour chez sa mère. Coincé entre Billy, Frankie et les emmerdes de chacun.
ombres & névroses : un mètre quatre-vingt-cinq. L’arête du nez légèrement croche depuis l’adolescence, juste retour de flammes façon gnon dans la tronche d’une patate de forain lâchée à plus fort que lui. Une moustache dont il est particulièrement fier, puisqu’il a mis trente-deux ans à la faire pousser - il ne désespère pas d'avoir une vraie barbe d’ici la cinquantaine. Des cheveux blancs de plus en plus nombreux, qu’il refuse pertinemment d’admettre. Un tatouage lui mordant le cou et le biceps gauche. Une flopée de cicatrices, souvenirs de toutes ces fois où l’univers a été plus clément avec lui qu’il n’aurait dû.
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MessageSujet: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyLun 19 Juil - 19:58



Cash-misère
@June Williams


12 juillet, 19h50

Le moteur se tut dans un ultime vrombissement. Il retira la clé du contact, faisant jouer entre ses doigts le badge en plastique qui y pendait depuis des années : un cadeau de Frankie à leur génitrice, certainement pondu pour la fête des mères lorsqu’elle était en maternelle ou en primaire. Bunny avait reçu le même, un an plus tard, arrangé selon les goûts de Bean, les deux gosses ayant fréquenté les mêmes écoles jusqu’à l’adolescence. Les yeux bruns d’RJ tombèrent sur le dessin maladroit et affreusement coloré qu’on avait glissé entre les deux parois transparentes  - sa cadette n’était pas une grande artiste, à l’époque - ; qu’avaient-ils fait du chef-d'œuvre bancal de leur propre fille ?

Il se pencha précautionneusement vers le côté pour ouvrir la boîte à gants. Le trentenaire écarta nonchalamment les papiers de la voiture, une boîte de bonbons à moitié entamée puis un paquet de clopes à l’agonie avant de mettre la main sur une enveloppe trop peu bombée à son goût. Il referma la gueule de plastique, ouvrit sa portière et tenta tant bien que mal de s’extirper de la boîte de conserve que roulait Summer depuis une demi-douzaine d’années.Il aurait dû cramer la tire maternelle à l’instant où elle l’avait achetée, et lui en offrir une nouvelle pour se faire pardonner, une fois la volée de coups de pieds au cul passée.
Un grincement franchit la barrière de ses lèvres quand il dut se plier en deux pour se sortir de là, et il échappa un chapelet de jurons plus édulcorés les uns que les autres qui fit se retourner le duo de vieilles carnes passant à côté de lui au même moment. Leurs yeux perçants flanqués de rides le jugèrent méchamment, d’abord pour son langage, puis pour la gueule en vrac qu’il avait l’indécence d’infliger au monde depuis deux jours.

La portière geignit sourdement quand il la claqua. Son reflet dans la vitre conducteur lui tira un franc soupir de dépit et de lassitude. Il n’était effectivement pas beau à voir, avec son teint aux couleurs de l’arc-en-ciel, sa pommette enflée, son œil droit cerclé de noir et les croûtes qui s’accumulaient où la peau avait lâché. Son visage défait lui avait valu une première journée de travail dans l’arrière-boutique, à inventorier le matériel pour éviter tout contact avec une clientèle susceptible d’être choquée. RJ enfouit l’enveloppe dans la poche arrière de son pantalon, rejeta son t-shirt par-dessus et tâtonna ses fouilles à la recherche d’une dose de nicotine bien méritée. Arc-bouté contre la voiture, il entreprit de faire le tour de ses messages le temps de remplir ses éponges de goudrons.
Bean ne lui avait toujours pas répondu. La mention vu au bas de leur conversation lui laissait entendre qu’elle avait mal digéré l’annulation en dernière minute de leur journée ensemble, malgré ce que Bunny avait bien voulu lui dire. Il expira une longue colonne de fumée en regrettant les temps bénis des messages textes plutôt que de whatsapp. Tout était plus simple lorsqu’on ne pouvait voir la dernière heure de connexion de son destinataire, et s’il avait ou non lu ce qu’on lui avait envoyé. N’en restait pas moins qu’il n’avait pas voulu inquiéter sa gosse en la retrouvant le visage tuméfié. On lui reprocherait de ne jamais tenir ses engagements, mais l’ancien détenu n’avait pas tenu à la revoir dans cet état.

Son cancer des poumons proprement entretenu, RJ abandonna son mégot sur le plancher des vaches pour enfin franchir le seuil de l’immeuble dans lequel il avait vécu. Il monta lentement les marches, ses mouvements rendus quelque peu difficiles par les coups encaissés samedi soir. Rien de cassé, à première vue - son expertise primant naturellement sur celle d’un vrai médecin -, ou à défaut rien qui ne soit assez handicapant pour l’empêcher de se mouvoir. Le serrurier n’en était pas à sa première rossée pour le remercier de ses conneries, il en essuierait certainement d’autres à l’avenir. Celle-là n’était pas plus douloureuse qu’une autre, et il se consolait en se disant qu’il avait au moins fait cracher quelques dents dans sa vaine tentative de se défendre.

L’infatigable moquette accueillit ses pas traînants quand il déboucha sur le palier de Bunny. Il résista à la tentation d’entrer sans frapper, en s’aidant seulement des crochets qui le suivaient partout, comme une extension de sa personne. Leur dernier échange lui avait laissé un goût amer, et tout poussait à croire que son ex-femme n’apprécierait que peu de le voir s’imposer comme il s’était permis de le faire une semaine plus tôt. Pour ce qu’il en savait, elle pouvait bien être en train de dîner en compagnie du barbu qu’elle s’était dégoté, ou pire. RJ ravala son dégoût et sa jalousie avant de presser la sonnette.

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June Williams
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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyMar 20 Juil - 8:57




Expliquer à Bean que son père lui fausserait compagnie n'avait pas été une sinécure. Si la môme reste, même après toutes ces années, profondément dingue de son paternel, les absences prolongées de ce dernier ont mis à mal la patience de la jeune-femme. Elle avait tenté, elle aussi, à l'âge où les enfants se sentent le devoir de raisonner leurs parents, de le convaincre d'arrêter ses conneries. Et si elle n'en disait rien, elle avait manqué malgré tout d'une figure paternelle dans sa vie, chaque fois qu'il s'était retrouvé en cabane. Ils avaient pourtant eu de belles années en famille, à feindre la presque normalité d'un quotidien doux et paisible, mais les galères avaient fini par ternir ces souvenirs-là également. Bean n'avait pas vu son père depuis sa sortie de prison, et elle ne concevait pas la catastrophe qui pouvait le tenir ainsi éloigné d'elle. Aussi avait-elle fui l'appartement pour le week-end, s'éclipsant chez son petit-ami du moment, sans doute pour ne pas avoir à affronter cette absence douloureuse.

June avait donc fini la semaine seule, et elle l'entamait de la même façon. Installée sur son lit, une serviette de bain autour de la taille et une seconde enroulée dans les cheveux, elle profite de la solitude et de n'être pas rentrée trop tard du bureau pour s'adonner à une tâche de la plus haute importance, trop souvent oubliée : se vernir les ongles. Elle appose, par miracle, l'ultime couche de peinture carmine sur un orteil, lorsque retentit la sonnette de l'entrée. Fronçant les sourcils, la brune pousse un soupir agacé, et s'étire pour se lever sans compromettre le travail durement réalisé. Le tissu éponge qui retient sa crinière est prestement défait, abandonné sur les draps, et June passe une main dans ses cheveux encore trop humides pour tâcher de les discipliner à demi. A peu près certaine qu'il s'agit seulement de la voisine venue quémander du sucre ou autre chose, elle ne prend pas la peine de s'habiller plus décemment, et s'en va ouvrir la porte.

« Qu'est-ce que... »

Elle se retrouve, soudain, comme projetée plusieurs années en arrière, et les réactions qui l'animent sont les mêmes qu'alors. Le myocarde s'affole, tandis que les couleurs semblent abandonner ses traits. Instinctivement, elle tend les mains vers lui, passe le bout de ses doigts sur son visage blessé.

« Bon sang RJ ... »

Déjà, elle l'attire à elle, sans autre forme de procès, pour refermer la lourde derrière lui. Qu'importe le nombre de fois où il est rentré ainsi, couvert d'hématomes, l'inquiétude qu'elle peut ressentir à le découvrir ainsi ne s'estompe jamais. Elle devrait être lasse, en colère, peut-être même lui souffler dans les bronches en déclarant qu'après tout, il l'a bien mérité, qu'il n'en serait pas là s'il acceptait de se ranger pour de bon. Mais ce n'est pas, jamais, sa réaction. C'est à chaque fois son être tout entier qui semble se décomposer, son cœur qui se brise, sa gorge qui se noue, parce que quelqu'un a osé lever la main sur la moitié de son âme. Qu'importe qu'ils ne soient plus mariés.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu as mal ? Tu as vu un médecin ? »

Emi Burton

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyMar 20 Juil - 20:31

Il tendit l’oreille en quête de mouvements dans l’appartement. Le manque d’isolation acoustique de la porte d’entrée lui fit deviner sans mal les pas feutrés et pressés filant dans sa direction : ceux de Bunny, qu’il aurait reconnus entre mille. RJ, plus attentif que jamais, chercha un quelconque autre froissement qui aurait pu indiquer la présence d’une seconde âme dans le logement, mais rien. Rien que la course discrète et salvatrice. Une inspiration soulagée souleva sa poitrine, et il roula des épaules pour se dégager de la tension qui les nouait à l’idée de tomber nez à nez avec la présente occupation sentimentale de son ex-femme.

Le serrurier eut un pincement de lèvres appréciateur quand le vantail dévoila les longues jambes de la brune, à peine couverte par une serviette trop courte. Ses cheveux sombres encore humides lui tombaient en une cascade chaotique sur les épaules, quelques mèches barrant son visage frappé de stupeur. Il voulut se fendre d’un commentaire railleur mais n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche. Déjà Bunny s’affolait, son éternel caractère protecteur effaçant toute surprise. Ses mains glissèrent sur son visage, et malgré la douceur de ses gestes, RJ ne put s’empêcher de siffler entre ses dents serrées et de reculer le nez, le contact suffisant à raviver la douleur.

« Bon sang RJ… »

Il fut si brusquement tiré vers l’avant qu’il ne réalisa même pas la distance qui mourrait entre eux. Ses doigts échouèrent sur sa taille dans un réflexe qu’il ne put contrôler, crochetant les chairs de la jeune femme à travers le fin tissu qui séchait sa peau. Sa mâchoire se serra discrètement, son cœur lui intimant soudain de l'emprisonner entre ses bras pour se saouler à son parfum et la chaleur de son corps.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu as mal ? Tu as vu un médecin ? »

Un hochement de tête de droite à gauche. Il n’avait pas besoin de voir qui que ce soit pour savoir que les hématomes partiraient vite, non sans le transformer en palette de peintre sur laquelle joueraient jour après jour toutes les couleurs du spectre visible. Il n'en avait de toute manière pas les moyens. RJ était habitué aux coups qui marquaient sans rien briser, ceux qui étaient brutaux mais n’avaient rien de dévastateurs, parce qu’ils manquaient de force malgré la hargne qui les guidaient. L’effet visuel était convaincant mais les douleurs passeraient rapidement, pourvu qu’on ne s’amuser pas à lui palper le visage toutes les cinq minutes pour voir s’il souffrait réellement. Il s’en remettrait rapidement, tout du moins physiquement. Son égo, en revanche, risquait d’avoir besoin de quelques bières supplémentaires pour essuyer l’affront.

« Ça va. Ça va ! je t’assure. C’est moins grave que ça en a l’air … »

Le trentenaire se dégagea, s’éloignant de l'inquiétude dans le regard féminin pour faire quelques pas vers la pièce à vivre. La précipitation de ses mouvements trahissait son envie de la fuir, moins par obligation que par nécessité. Il n’avait pas envie de subir ses grands yeux inquiets, ni la teinte moralisatrice qui y naîtrait lorsque la frayeur laisserait place à la réalité et aux souvenirs de ces nombreuses fois où il était rentré dans un état pire que celui-là, espérant se réfugier contre son infirmière.

D’instinct, RJ prit la direction de la cuisine, ouvrant le réfrigérateur pour attraper les deux premières bouteilles de blonde venues. L’idée qu’il n’était plus chez lui et devait par conséquent cesser de se comporter comme un maître dans son château ne lui traversa pas l’esprit ; les automatismes étaient encore profondément ancrés. Il décapsula les deux boissons et en offrit une à son hôte lorsqu’il revint sur ses pas. L’ancien détenu passa devant elle, contourna la table basse et s’immobilisa devant le canapé. Il tâtonna sa poche arrière pour attraper l’enveloppe qui en dépassait et la posa sur le meuble devant lui en se laissant tomber entre les coussins. Un grondement rauque d’inconfort s’éleva de ses lippes, et il se tortilla pour trouver une position plus confortable, éviter à son abdomen et ses côtes une torsion désagréable qui rendait le souvenir des poings s’écrasant sur son ventre plus palpable.

« C’est pas grand chose pour le moment. Je me démerderai pour t’apporter plus la semaine prochaine, lâcha-t-il en désignant le papier kraft dans lequel tenaient plusieurs milliers de dollars. »

Bunny ne lui avait pas annoncé le montant qu’il leur restait à régler pour les études de Bean, ni celui qu’ils devaient encore pour le prêt de l’appartement, mais il n’avait pas besoin de connaître le chiffre exact pour filer un coup de main. Aux dernières nouvelles, le divorce n’avait pas effacé les dettes ni l'engagement qui accompagnait son statut de père.

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyMar 20 Juil - 20:51




« Excuse-moi. » Souffle-t-elle précipitamment, tandis qu'il s'éloigne de la main qui, à trop vouloir l'aider, le fait finalement souffrir. Sa bouche se pince en une légère grimace, la culpabilité se peignant un instant sur ses traits. Elle ne parvient pas pour autant à détourner son regard du visage tuméfié de son ancien amant. Elle est sans doute mieux placée que quiconque pour savoir que RJ possède un talent particulier pour encaisser les coups, mais ça n'empêche jamais l'inquiétude de lui broyer l'estomac. Aujourd'hui, un autre sentiment, plus désagréable encore, l'étreint : celui de n'être pas où elle devrait être. Une petite voix, pernicieuse, dans son esprit, s'obstine à lui susurrer qu'elle aurait dû être là pour panser ses plaies, et lui offrir la chaleur de ses bras, lorsqu'il est rentré dans cet état. Un bref instant, l'idée qu'une autre puisse s'occuper de veiller sur lui, en-dehors de Summer, lui noue la gorge... Et la brune secoue la tête pour chasser cette désagréable idée. « Ca n'a pas l'air grave... Mais ç'a l'air douloureux. »

Tendant la main pour récupérer la bière tendue, la trentenaire fronce les sourcils, marchant dans ses pas pour le suivre jusqu'au canapé. L'instinct lui souffle d'aller chercher sa trousse de secours pour s'occuper de ses blessures, mais il serait vain de l'écouter : il ne saigne pas, n'a pas de plaie à suturer, de crasse à nettoyer, de blessure à désinfecter. Ne restent, qui soient visibles du moins, que des hématomes difficiles à regarder, mais pour lesquels elle ne pourrait rien faire d'autre qu'étaler un peu de crème. Et à en croire la façon dont il a fui la chaleur de ses doigts, quelques instants plus tôt, RJ n'a aucune envie qu'elle passe de l'onguent sur ses bleus.

L'enveloppe abandonnée sur le bois lui fait froncer les sourcils, et June s'en empare, sans encore songer à en inspecter le contenu. « RJ ce n'était pas urgent... » Bien-sûr, il s'agit d'un mensonge dont il ne sera pas dupe, mais elle ne comptait en réalité plus tellement sur lui pour arranger ses finances. En revanche, le lien semble enfin s'établir dans son esprit, et elle baisse les yeux sur lui, fronçant les sourcils. « Attends, c'est pour récupérer ce fric que tu t'es fait casser la gueule ? » Un relent de colère passe soudain dans son regard, alors qu'elle réalise qu'il n'a potentiellement pas attendu une semaine après sa sortie de prison pour replonger dans les mêmes travers qu'autrefois. « Tu n'as même pas encore revu ta fille et tu veux déjà retourner en taule ? »

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyMar 20 Juil - 22:00

Ses prunelles noires suivirent la jeune femme quand elle pris place à son tour, s’installant trop loin pour qu’il puisse la toucher en tendant la main, mais déjà trop près pour qu’il soit en mesure d’ignorer son odeur entêtante. RJ fixa sa bière et la fine pellicule de condensation qui perlait à la surface du verre pour éviter de dévisager son ancienne amante.

« RJ ce n’était pas urgent… »

Peut-être pas pour elle, mais l’interpellé avait suffisamment subi les affres de la culpabilité pour n’avoir pu la soutenir financièrement depuis plusieurs mois, aussi lui tardait-il d’effacer son ardoise. Au fond, lui déposer le petit pactole faisait également un prétexte idéal pour la revoir malgré l’amertume qui avait ponctué leur dernière discussion. Il n’avait jamais supporté bien longtemps de finir une conversation sur une prise de bec. S’il s’excusait d’ordinaire au bout de quelques heures, le brun n’avait pas eu le courage, cette fois, de revenir sur ses pas pour lui livrer tout ce qu’il avait sur le cœur. Quelque chose lui laissait croire qu’elle ne l’aurait pas écouté ou pire encore, qu’elle se serait contenté de le congédier une nouvelle fois.

« Attends, c’est pour récupérer ce fric que tu t’es fait casser la gueule ? »

Il releva prestement le nez vers son hôte dont les traits tirés et l’air juge n’auguraient rien de bon. Un soupir las, et RJ se pencha vers l’avant, enfonçant ses coudes sur ses genoux, faisant fi de la douleur qui irradia dans ses os. Il planta son regard droit devant lui, s’accrochant à la collection de vinyles à l’autre bout de la pièce, attendant, en secouant les jambes, que la brune lâche le savon qu’elle comptait lui passer. Il ravala l’aigreur qui lui remonta la gorge à grand renfort de boisson maltée et inclina sa nuque pour libérer ses cervicales tandis qu’elle attaquait de plus belle, le frappant d’un reproche qu’il ne méritait pas.

« Tu n’as même pas encore revu ta fille et tu veux déjà retourner en taule ?
-  C’est bon, t’as fini …? Tu peux m’épargner cinq minutes ? »

L’agacement broya ses nerfs, une colère sourde vrilla ses muscles. RJ se leva dans un bond, monté sur ressort, pour filer vers la fenêtre et éviter de laisser sa mauvaise humeur soudaine dégouliner sur la jeune femme. Il attrapa la poignée, ouvrit brusquement le panneau de verre, planta sa bière sur le rebord extérieur et chercha nerveusement dans ses fouilles de quoi apaiser son énervement. Ses doigts aggripèrent un paquet de clopes dont il tira la dose de nicotine devenue nécessaire, à cet instant précis. Il pinça son clou de cercueil entre ses lippes crispés, fit crisser la pierre du briquet et maugréa en constatant que rien ne se produisait. Franchement emmerdé, il secoua sèchement le feu avant de retenter l’expérience. Trois essais s’avérèrent finalement concluants, et il tira une longue bouffée de tabac pour forcer un peu de calme dans son esprit en proie à l’orage.

« J’ai vendu la caisse, claqua-t-il en se retournant. Ça te va ? Ou il te faut une preuve de la transaction ? »

Il ne put contrôler l’acidité de son ton. RJ secoua la tête, planta une nouvelle fois sa cigarette entre ses lèvres et recracha sa fumée vers l’extérieur. Le prix qu’il avait tiré ne couvrait ni la valeur réelle, ni la valeur sentimentale accordée à la vieille Mustang de 1969. Mais puisqu’empocher rapidement et sans traces une poignée considérable de dollars importait plus que tout, l’ancien taulard avait consenti à s’en défaire pour un peu moins de trois briques, dont une large majorité se trouvait entre les mains de son ex-compagne. Il y perdait au change et regrettait déjà amèrement d’avoir dû se défaire de la voiture qu’il avait fantasmée durant toute son enfance, une bonne partie de son adolescence, et dont il n’avait pas pu profiter bien longtemps avant d’être coffré. Elle avait pris la poussière dans le garage de Summer, quoiqu’il soupçonnait fortement Frankie de s’être permis une virée ou deux au volant de la Fastback. Sa tornade de sœur avait laissé un ticket de caisse traîner sous le siège ; et à moins que Billy n’ait viré sa cuti entre son arrestation et sa libération, il ne voyait pas quel autre Razmoket se tartinait la tronche de fond-de-teint hors de prix et de rouge-à-lèvre de radasse.

« La gueule en vrac, c'est autre chose. Il tapota le cul de sa clope au-dessus du vide pour faire tomber les cendres qui s'étaient accumulées au bout. Mais ouais, j’avais pas forcément envie de récupérer Bean dans cet état. Tu m’excuseras d’avoir préféré la décevoir plutôt que de l’inquiéter. C’est pas comme si elle était pas habituée, depuis le temps. »

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyMer 21 Juil - 7:51




La colère de la brune ne s'estompe pas instantanément, bien au contraire. Les bras croisés sur la poitrine, elle le suit du regard tandis qu'il s'éloigne. Et s'il oublie qu'il n'est pas censé se servir dans le frigo comme s'il était encore chez lui, au moins se souvient-il qu'on ne fume pas à l'intérieur. « Je crois que je suis en droit de m'interroger, RJ, c'n'est pas comme si c'était la première fois. » L'agacement, palpable, qui l'étreint, n'est à son sens pas justifié. Elle a passé presque vingt ans à tenter de se convaincre qu'il était capable d'agir raisonnablement, et de ne pas se mettre en danger, ni compromettre leur équilibre. Il s'est donné beaucoup de mal pour lui prouver, à chaque fois, qu'elle avait tort de l'en croire capable. « Tu te pointes couvert de bleus avec une enveloppe remplie de fric, me semble que le doute est légitime. » Souligne-t-elle, l'air tout aussi agacé que lui, balayant l'air d'un geste de la main. « Me prends pas de haut, RJ. »

La distance qu'il tente d'imposer entre eux lui est tout bonnement insupportable, et June parcourt les quelques pas qui les séparent pour venir s'adosser au rebord de la fenêtre, à côté de lui. Dans une requête silencieuse, elle tend la main pour récupérer une cigarette, elle qui fume si rarement, mais il la connaît suffisamment pour savoir que c'est un péché auquel elle succombe facilement, lorsqu'elle est anxieuse ou en colère. « Bean s'inquiète pour toi chaque jour de sa vie, je ne suis pas sûre que ton état y change quelque chose. » Soupire-t-elle finalement. Quand votre père est incapable de se tenir éloigné des ennuis, vous guettez chaque coup de fil avec une certaine appréhension. Pense-t-il sincèrement que sa fille ne s'est pas rongé les sangs, durant les années qu'il a passé derrière les barreaux ?

Et puis, comme si l'information parvenait enfin à son cerveau, après un léger temps de retard, elle tourne le museau vers lui. « J'arrive pas à croire que t'aies vendu ta Mustang... » La politesse voudrait qu'elle le remercie, seulement elle n'est pas plus responsable de Bean que lui, ce n'est pas une faveur qu'il lui fait que de participer aux frais, quand elle a déjà passé tant d'années à tout gérer seule. « Tu comptes m'expliquer comment tu t'es fait ça ? » Demande-t-elle en désignant ses hématomes d'un mouvement du menton.

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyMer 21 Juil - 20:12

La déception était un sentiment qu’il avait rapidement imposé à ses proches, au même titre qu’il avait un talent tout particulier pour provoquer l’exaspération. Il y avait toujours quelque chose à redire à ses agissements, ses paroles ou ses décisions étant souvent dénuées du bon sens dont le monde raffolait habituellement, et donc aux antipodes de ce que les personnes qui l’entouraient auraient choisi de faire. RJ faisait un excellent modèle à ne pas suivre, le contre-exemple idéal pour dénoncer les comportements imprudents, et par conséquent un homme simple à juger. Et Bean, si elle ne lui communiquait que rarement le fond de sa pensée, par respect pour son idiot de père ou par amour, ne devait pas moins lui tenir rigueur de ses frasques que les autres.

« Me prends pas de haut, RJ. »

Il s’agaça de la voir se lever pour lui emboîter le pas. Étaient-ils à ce point fusionnels malgré leur séparation qu’ils ressentaient constamment le besoin de marcher dans l’ombre de l’autre ? La brune se posta à ses côtés, une main autoritaire tendue vers lui. Il n’eut pas besoin de l’entendre formuler la question pour comprendre ce qu’elle voulait. Et s’il rechigna tout d’abord à céder à son caprice, Bunny n’étant d’ordinaire pas fumeuse, il finit par récupérer son paquet et lui tendre une cigarette. RJ plaça sa paume entre la fenêtre et la clope pour faire obstacle à la légère brise qui s’infiltrait par le carreau grand ouvert. Il secoua le briquet et approcha la flamme légèrement vacillante du bout du bâtonnet. Le crépitement caractéristique du tabac s’embrasant résonna discrètement entre eux.

« Bean s'inquiète pour toi chaque jour de sa vie, je ne suis pas sûre que ton état y change quelque chose. »

Il était persuadé, au contraire, que les yeux de sa fille se seraient troués plus que d’habitude si elle l’avait vu ainsi, au moins autant que ceux de sa mère ne s’étaient écarquillés.

« J'arrive pas à croire que t'aies vendu ta Mustang... »

Il haussa les épaules, tentant de masquer son amertume. Quel autre choix avait-il eu ? Aucune avance sur salaire n’aurait permis d’obtenir une telle somme en si peu de temps. Il aurait pu vendre la maison de son enfance, avec Summer encore dedans. Mais sa génitrice lui aurait certainement arraché les yeux, attachée comme elle l’était aux murs entre lesquels avaient poussé ses sept petites terreurs. Et le trentenaire était persuadé qu’on serait rapidement venu lui souffler dans les bronches pour le service après-vente, moins pour tous les défauts qui crevaient la demeure que parce que sa mère n’était franchement pas une sinécure.

« Tu comptes m'expliquer comment tu t'es fait ça ?
- Tu me crois si je te dis que je me suis inscrit dans un club de freefight, tenta-t-il, une grimace aux allures de risette innocente déformant ses traits. »

RJ tourna les yeux vers son ex-femme pour voir si la manœuvre prenait, mais son air sévère lui fit entendre qu’elle n’était pas d’humeur à plaisanter, et il déchanta immédiatement. Une expiration éreintée passa ses lèvres. Il se courba légèrement pour attraper le rebord de la fenêtre, ses doigts crispés sur le pvc taché par la pollution et la pluie, son regard trouvant l’asphalte en contrebas. Comme souvent, l’ancien taulard sentit s’éveiller en lui une irrésistible attirance pour le vide, qu’il n’avait jamais confondue avec une quelconque pensée suicidaire. L’espace d’un instant, il se demanda s’il aurait le cran de sauter, et s’il pourrait survivre à la chute vertigineuse. Mais un écran de fumée venu des lippes de la femme de sa vie le ramena à la réalité.

« C’est rien, Bunny … Qu’une vieille connerie que j’ai pas eu le temps de régler avant, mais je vais tout arranger. »

Il acheva sa cigarette et envoya valser le mégot au loin. Le brun se rinça le gosier pour tenter d’effacer le goût métallique de son mensonge. Il savait qu’elle se rongerait les sangs même s’il lui demandait le contraire, qu’elle le percerait à jour en un battement de cils et lui en voudrait d’oser lui dissimuler la vérité. La situation était somme toute moins critique qu’elle pourrait bien le penser. Ce n’était, après tout, qu’une histoire de dette dont il s’était cru débarrassé. Mais ses créanciers avaient tenu leurs comptes comme des curés leur crucifix, s’y accrochant avec une ferveur religieuse qui ne lui permettait pas de leur échapper.

RJ pivota sur ses talons, déposa un baiser sur le front de son interlocutrice et souffla :

« T’inquiète pas, s’il-te-plaît. »

À nouveau il s’éloigna, imposant un vide crevant entre eux comme il retournait s’échouer sur le canapé. Il posa sa bière sur la table basse et passa une main dans ses cheveux pour les lisser vers l’arrière. Cinq secondes de répit. Il ne s’attendait pas à plus.

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June Williams
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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyJeu 22 Juil - 21:38




Les yeux clos, elle inspire sa première bouffée de nicotine depuis plusieurs semaines, et libère dans un soupir d'aise un vaporeux nuage grisâtre. Les poumons dûment emplis de leur maigre dose de poison, elle rouvre les paupières, pour darder sur son ex-mari un regard plus calme. L'agacement s'est effacé pour laisser, à nouveau, toute la place à l'inquiétude, qu'elle ne cherche pas réellement à dissimuler. Ils se connaissent depuis trop longtemps, pour qu'il n'anticipe pas ses réactions, et il devait bien se douter en venant chez elle ce soir qu'elle réagirait ainsi. Comment pourrait-elle rester de marbre face à ses blessures ? Secouant la tête, les sourcils légèrement froncés, elle lui signifie silencieusement que non, évidemment, elle ne croirait pas un seul instant à cette excuse. RJ semble attirer les poings comme le miel attire les mouches, jamais il n'a eu besoin d'un club de combat pour assouvir son éventuel besoin de se manger une droite.

« Mmh, tu dis que tu vas tout arranger et la semaine prochaine tu te pointeras ici en boitant ? »

Il n'y a pas d'ironie, ni d'amertume, dans la voix de June. Un rien de lassitude, peut-être, mais surtout l'inquiétude, sincère, dont elle ne parvient pas à se défaire. La brune veut bien tenter de croire que ses vieux démons le rattrapent alors qu'il essaie de se tenir tranquille, mais ce n'est pas rassurant pour autant. Combien de dettes impayées traîne-t-il encore ? Combien d'ennemis trop heureux de le savoir enfin dehors pour pouvoir lui mettre la main dessus ? Tant de questions qu'elle aurait voulu ne pas se poser à nouveau, et qu'il lui impose pourtant, malgré lui.

Sans hâte, elle termine la cigarette offerte, profitant de chaque apaisante bouffée avant de le rejoindre sur le canapé. Elle prend garde, cette fois, à s'asseoir de sorte que leurs corps ne se touchent pas, tant il semble fuir son contact, ou du moins sa proximité, ce soir. Et devinant qu'il est inutile de chercher à en savoir plus sur les ennuis qui le poursuivent, elle désigne du menton l'enveloppe posée sur la table basse.

« Je prends celle-ci, parce que je ne voudrais pas que tu aies vendu ta voiture adorée pour rien... Mais prends le temps de te retourner avant de nous ramener de l'argent, RJ... Tes dettes envers moi te vaudront jamais de te retrouver blessé, alors tâche de régler les autres avant... »

Pas une seule fois elle n'a pensé aux pensions alimentaires impayées. Elle n'a jamais eu le moindre ressentiment, parce qu'elle n'a jamais voulu songer, ces derniers mois, qu'elle était seule à assumer les frais concernant leur fille. S'il n'y avait qu'elle, elle ne lui demanderait pas le moindre centime. Et Dieu sait qu'elle aimerait pouvoir assumer seule les ambitions de Bean... Mais leur progéniture a eu la brillante idée de faire des études supérieures, et ce ne sont pas des frais qu'elle peut se permettre d'éponger seule.

La main crispée, pour ne pas la tendre vers lui et effleurer sa joue comme elle voudrait le faire, elle finit par souffler. « Fais attention à toi, s'il te plaît... »

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RJ Kelly
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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyJeu 22 Juil - 23:56

En réalité, RJ n’était pas certain de vouloir ne serait-ce qu’une seconde supplémentaire de tranquillité. Qu’elle lui fiche la paix et cesse de s’inquiéter pour lui l’effrayait bien plus qu’un nouveau tête à tête avec les phalanges râpeuses des types qui lui étaient tombés dessus. Et pour cause : il redoutait le jour où elle le regarderait avec indifférence, finalement lassée de ses faux-pas, ses conneries et son incapacité chronique à se tenir loin des ennuis. Qu’elle s’alarme toujours de le voir ainsi était l’unique preuve qu’elle tenait encore à lui. Et Dieu savait comme il avait besoin de se raccrocher à cette maigre lueur d’espoir, surtout après leur dernière conversation. Il pouvait encaisser les coups de poings et les menaces, mais il n’était pas sûr de pouvoir survivre à une vie sans les grands yeux mordus d’inquiétude de sa brune, sans sa présence rassérénante pour l’apaiser et ses mots pour faire entrer un peu de discernement dans son crâne.

« Mmh, tu dis que tu vas tout arranger et la semaine prochaine tu te pointeras ici en boitant ? »

Il haussa les épaules pour toute réponse à la voix dans son dos. Et quoi, s’il venait en claudiquant ? Pourvu qu’il soit encore en mesure de ramper jusqu’à elle pour réclamer ses soins. Il ne voulait pas d’une autre que Bunny pour le rafistoler. Si elle n’avait pas réalisé son rêve de devenir médecin, elle restait la seule personne qui savait réellement le remettre sur pieds. Il lui aurait confié sa vie, plus qu’à n’importe quel chirurgien ou docteur rendu pédant par dix ans d’études, aucun diplôme ne pouvant concurrencer une existence entière à connaître l’autre.

Une seconde ou une minute dut passer avant que son hôte ne le rejoigne à nouveau. Elle s’installa à l’autre bout du sofa, imposant une distance qui ne leur ressemblait pas et fit manquer un battement au palpitant du trentenaire. Il le sentit s’emmêler les pinceaux, trébucher douloureusement dans sa cage d’os et tenter misérablement de se remettre en branle. RJ dut s’agripper à sa bière et avaler une longue lampée pour rendre à son cœur le courage de continuer à battre normalement. Il tenta tant bien que mal de retrouver un peu de contenance et d’effacer le froid qui lui mordait la peau, en vain : il allait certainement finir par crever d’hypothermie ici même, dans l’appartement qu’ils s’étaient choisi et qu’elle habillait de sa simple présence chaleureuse.
Le serrurier avait besoin que son ancienne amante se tienne loin pour ne pas céder au désir de l’attirer vers lui. Il aurait été si simple de l’attraper par le poignet pour la ramener dans ses bras, de la guider sur ses genoux, de glisser ses doigts sur ses hanches et de retrouver sa bouche, enfin ! le souffle qui lui manquait tant depuis presque quatre ans. Mais le trentenaire resta immobile, le souvenir de leur dernière discussion tournant en boucle dans ses pensées. Il n’avait pas envie de se voir envoyer paître une nouvelle fois.

« Je prends celle-ci, parce que je ne voudrais pas que tu aies vendu ta voiture adorée pour rien... Mais prends le temps de te retourner avant de nous ramener de l'argent, RJ... Tes dettes envers moi te vaudront jamais de te retrouver blessé, alors tâche de régler les autres avant... »

Il opina du chef, conscient qu’il ne servait à rien de se battre contre les conseils de son ex-femme. Elle n’était pas sans ignorer qu’il avait depuis longtemps placé son confort et celui de leur fille avant son propre instinct de survie. Son sens des priorités tout bancal lui faisait sérieusement négliger sa personne au profit des deux piliers de son monde. Ensuite arrivaient Summer et le reste de la fratrie Kelly ; lui se trouvant derrière, loin derrière toutes ces personnes qui faisaient son univers.

« Fais attention à toi, s'il te plaît...
- Tu sais bien qu’il m’arrivera jamais rien de grave. J’ai pas contrarié assez de dieux pour mériter autre chose que de simples gnons. Il lui claqua un sourire insolent. Et au pire, ça me donnera un bon prétexte pour venir te voir. Je vais pas pouvoir ressortir à chaque fois l’excuse de l’enveloppe à te remettre pour espérer passer … »

Du bout du doigt, RJ gratta l’étiquette qui se décollait lentement de la bouteille de blonde, la condensation et les petites gouttes de pluie s’étant formées sur le verre aidant. Il s’évertua à conserver le papier intact, mais l’humidité l’avait rendu cassant, le faisant se morceler à chaque coup d’ongle.

« Je devrais y aller, pas vrai ? »

Son ton sérieux tranchait considérablement avec le timbre railleur dont il ne se défaisait pas souvent. Le brun fixa la porte d'entrée puis le visage de la femme à ses côtés ; la question était rhétorique, il savait pertinemment qu'il n'avait plus rien à faire ici. Pourquoi se sentait-il donc enchaîné au canapé et au regard de Bunny ?

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June Williams
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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyVen 23 Juil - 11:37




Peut-être les choses ont-elles changé, finalement. Peut-être la respecte-t-il aujourd'hui suffisamment pour ne pas tenter de lui mentir, quand il aurait autrefois essayé de jurer que non, bien-sûr, elle n'aurait plus jamais à le voir blessé. Plus que son incapacité à arrêter, c'est ce travers qui a en réalité eu raison de leurs mariages, par deux fois. Sa façon de lui mentir, en la regardant droit dans les yeux. Si on posait la question au serrurier, leurs versions divergeraient sans doute. Il dirait, à coup sûr, que ce n'étaient pas des mensonges. Qu'en lui jurant de se ranger, perdu dans les grands yeux sombres de celle qui était alors sa femme, il pensait sincèrement les mots qui lui échappaient. Sur le moment, peut-être parvenait-il à se convaincre lui-même. Mais il avait tant et tant de fois rompu ses promesses, que June n'avait plus eu d'autres choix que de les voir comme ce qu'elles étaient devenues : des mensonges.

« Il ne t'arrivera jamais rien de grave, jusqu'au jour où il ne t'arrivera plus rien du tout... »

A trop vouloir défier le sort, il finirait par y rester, June en a toujours été convaincue. On ne peut pas se mettre tant de monde à dos et toujours s'en sortir. Il reste discret, toujours, sur ses occupations en prison, mais elle est persuadée que même derrière les barreaux, il reste incapable de se tenir correctement. Passer plus de quarante-huit heures sans tenter de magouiller quelque chose lui est tout bonnement impossible, et il doit y avoir bien des types, en taule, qui rêvent de lui faire la peau. Avec elle, il s'en sorte toujours. Parce qu'elle est trop faible, face à son rictus de canaille et ses grands yeux. Mais ses sourires enjôleurs ne doivent pas faire cet effet aux autres.

« Je crois que ta fille fait un meilleur prétexte, si tu veux passer ici, que celui de venir chercher une infirmière. »

Pourtant, même lorsqu'elle était furieuse contre lui, même lorsqu'au plus sombre de leur premier divorce elle prétendait le haïr, jamais elle n'est parvenue à refuser de s'occuper de lui. Ces comportements-là sont ancrés en elle depuis leur plus tendre enfance, et ses mains agissent avant même que son esprit ait le temps de les contredire. Là, elle doit se faire violence, pour ne pas effleurer ses hématomes du bout des doigts, aller chercher dans la salle de bain la pommade contre les coups et l'appliquer sur sa peau. Son regard dévie vers le sol, à la ridicule et traître question de son ex-mari. Et c'est sans tourner les yeux vers lui, cette fois, qu'elle hoche la tête.

« Tu devrais, oui. »

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyVen 23 Juil - 19:38

Elle n’avait pas encore ouvert la bouche qu’il connaissait déjà la réponse. Bien-sûr qu’il fallait s’en aller. Maintenant. Avant que l’idée de claquer la porte ne devienne plus difficile encore. Avant qu’elle ne l’envoie chier, comme elle l’avait si bien fait une semaine plus tôt en lui intimant dans un souffle de rentrer chez lui. Mais chaque seconde qui passait donnait plus envie au trentenaire de s’éterniser, de profiter quelques minutes encore de l’énergie solaire qui se dégageait d’elle et rampait jusqu’à lui malgré le vide entre eux.

« Il ne t'arrivera jamais rien de grave, jusqu'au jour où il ne t'arrivera plus rien du tout... »

Le brun plissa le nez et tourna le visage vers elle, un voile d’inquiétude planté dans son regard. Il fit de son mieux pour retenir l’éclair qui filait de ses yeux à ceux de la jeune femme et claqua, superstitieux :

« Dis pas des trucs comme ça. »

Elle allait lui porter la poisse, à ouvrir des portes de la sorte. RJ ne savait que trop bien qu’il avait toujours été chanceux jusqu’à présent, en dépit de ses nombreux allers-retours en cabane et de toutes ces fois où il s’était retrouvé dans un état plus pitoyable que celui-ci parce qu’il s’était mis à dos les mauvaises personnes. En bon aimant à emmerdes, il avait un don exceptionnel pour s’embourber dans des situations périlleuses et semblait presque volontairement aller à la rencontre des pétrins. Et cependant, il avait toujours eu un ange gardien pour l’empêcher de se faire pincer pour un coup plus lourd, d’écoper d’une peine bien plus sérieuse, ou de se faire trouer le bide.

« Je crois que ta fille fait un meilleur prétexte, si tu veux passer ici, que celui de venir chercher une infirmière. »

Un soupir peu convaincu passa ses lippes. Il ne venait pas uniquement pour qu’on le sauve, et avait tout le loisir de croiser Bean en dehors de l’appartement où elle avait passé la fin de son adolescence. Ce qu’il cherchait, ici, c’était elle. Cette femme à laquelle il voulait s’accrocher désespérément mais qu’il n’osait pas approcher, à cet instant précis.

« Tu devrais, oui. »

Bunny n’osa même pas le regarder dans les yeux. L’ancien détenu dut se contenter d’un aperçu de son profil, son regard fuyant désespérément le sien. Il clappa sa langue contre son palais, passa une main à l’arrière de son crâne pour venir masser ses cervicales et engloutit une longue rasade de bière.

« Ou on pourrait être un peu moins raisonnables, proposa-t-il le plus sérieusement du monde. »

RJ tendit doucement son poing serré vers la brune, lui lançant un regard en coin teinté d’un rien de malice.

« Deux manches pour gagner. Je perds, je me barre. »

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptyVen 23 Juil - 21:47




June se fiche bien qu'il soit superstitieux, ou de l'éventuelle malédiction qu'elle pourrait jeter sur lui par ces simples mots. S'il a suffisamment peur, peut-être songera-t-il enfin à arrêter définitivement de jouer avec le feu. Espoir vain, pourtant, elle ne le sait que trop bien. Cent fois, déjà, elle a tenté de lui faire peur, par le passé, en essayant de lui faire prendre conscience des risques encourus. Mais il n'a jamais semblé s'en soucier réellement, et ce n'est sans doute pas tant que sa propre vie ne lui importe pas, plutôt qu'il se pense sincèrement invincible. Après avoir tant défié le destin, en s'en sortant toujours indemne, sans doute a-t-il fini par croire à son immortalité. Il ne faut pas imaginer que le divorce lui est tombé sans prévenir sur le coin du nez. Quand elle craignait de se retrouver seule pour élever sa fille, déjà, June avait tenté des ultimatums qui n'avaient pas suffit à l'effrayer. Parfois, lorsque le doute revient, que le manque est trop fort, elle se souvient que ce divorce, quoiqu'il en dise, il l'a choisi.

Le museau retroussé, elle tourne la tête vers lui, sourcils froncés, regard intrigué posé sur lui, sans qu'elle cherche à masquer sa curiosité. Une fois encore, il la connaît trop bien pour qu'elle espère prétendre ne pas vouloir savoir où il veut en venir. Et elle ne peut, l'idiote, réprimer un sourire, à sa proposition. Un sourire mutin, impatient aussi. Un sourire de gamine, le même sans doute qu'elle avait a dix ans, quand il jouait ainsi leurs rendez-vous galants. Le même qu'elle a dû avoir, lorsqu'il a proposé de jouer leur remariage à pierre, feuille, ciseaux. Ce jeu-là est trop dangereux pour elle, toujours... Et pourtant, toujours, la réponse est la même.

Deux manches. Tenu.

Une lueur de défi dans le regard, l'air soudain bien plus déterminé, elle tend son poing vers lui et compte. Au compte de trois, elle dessine des ciseaux de ses doigts, et se heurte à la pierre formée par les siens. Un grondement déçu lui échappe, et elle relance, bras plié dans le dos. Cette fois, leurs deux paires de ciseaux se heurtent, et la brune soupire encore, persuadée d'être déjà en train de perdre. Leurs poings se rencontrent, lorsque tous deux tentent la pierre à nouveau, avant qu'enfin il ne remporte la partie, les ciseaux de RJ découpant sans merci la feuille avancée par June.

Bordel...

Elle grommelle, bien déçue d'être perdante, de ne pas lui avoir fait ravaler son impertinence... Et pourtant, pourtant, brille dans son regard une lueur de soulagement. Parce qu'il reste encore, et qu'elle ne veut jamais réellement le voir s'éloigner. Ce n'est que sa raison, qui parle, lorsqu'elle lui demande de s'en aller. Son cœur, lui, reste accroché au sien, aimanté, comme ses doigts à sa peau. C'est sans doute pour ça qu'elle serre les poings, pour ne pas laisser ses mains se tendre vers lui. En réalité, elle est trop heureuse, de voir que la chance lui sourit toujours, malgré sa gueule cassée.

Tu nous ressers à boire, pour la peine ?

Emi Burton

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptySam 24 Juil - 7:47

Son être entier irradia tout à coup une tension amusée, et une étincelle mutine embrasa ses entrailles. Il ne voulut pas regarder Bunny droit dans les yeux, préférant de loin l’observer sans la fixer, simplement pour voir son corps réagir à cette provocation qui déterrait un milliard de souvenirs au moins. Toutes ces fois où ils avaient décidé de leur sort en confrontant le hasard, où ils avaient choisi de laisser l’avenir se jouer dans un simple papier-caillou-ciseaux. La manière dont la brune se crispa délesta les épaules de son ancien compagnon d’un poids, et il dut réfreiner le sourire satisfait qui menaçait de lui barrer le visage d’une oreille à l’autre. Dieu qu’il aimait cette grimace de môme curieuse et surexcitée à qui on proposait le monde.

« Deux manches. Tenu.»

Il voulut crier victoire mais se contenta d’une moue entendue. Il y avait bien longtemps qu’RJ avait planté en elle ce réflexe terrible de tendre sa main close lorsqu’il lui présentait la sienne. Le brun ne savait même plus comment cette lubie de décider de sa vie au chifoumi lui était venue. Le vague souvenir de Dion et de ses frères jouant une corvée les poings fermés le hantait encore, mais il était trop jeune, à l’époque, pour se souvenir avec exactitude si son Vieux avait été le premier à lui présenter le jeu, et trop âgé maintenant pour parvenir à démêler un vrai souvenir d’une histoire constituée de toutes pièces par un cerveau qui n’aimait pas le vide. N’en restait pas moins qu’il avait adopté, tout gosse déjà, cette manie insupportable de présenter ses phalanges crispées lorsqu’un choix se posait à lui, et qu’il avait réussi à la transmettre à sa fratrie, son ex-femme et leur fille.

Son cœur battit un peu plus vite quand son hôte se déboîta l’épaule pour dissimuler sa main à ses yeux perçants. Il retint sa respiration et frappa l’air d’un caillou, écrasant sans mal les ciseaux que formèrent les doigts tendus de la jeune femme. Un point. Et il lança son index et son majeur vers l’avant, parfait miroir du geste de Bunny. Egalité. Sa gorge se noua, son palpitant frappa plus fort, comme celui d’un batteur endiablé qui risquait la perte de son âme s’il cessait de jouer. Le silence fut fendu de deux poings serrés, l’étau se refermant sur eux. Il jouait sa vie, RJ n’en avait que trop conscience. Suspendu aux mouvements de son ex-femme, rendu sourd à ce qui se passait autour d’eux, il n’existait plus à présent que leur combat, et le droit de rester qui découlerait de sa victoire.
Il n’avait pas le droit de perdre. L’univers ne pouvait l’abandonner maintenant, pas après lui avoir souri si souvent, et permis de vivre sa vie pleinement. Le trentenaire n’aurait pas le droit de revenir sur ses mots s’il perdait, le chifoumi faisant foi. Qui était-il, après tout, pour contrarier le destin ? Il avait passé des décennies entières à le respecter, à le chérir, à défendre chaque coup bas, chaque crasse qu’on lui faisait, sous prétexte qu’il existait quelque part un plan qui voulait que tout aille mal, pour que les choses s’améliorent par la suite. Abjurer le destin, c’était s’exposer à une punition immédiate, et il ne voulait prendre ce risque-là. Il aimait mieux se tenir sous l’orage, à brandir un paratonnerre pour défier les probabilités et les éléments, que se mettre à dos la Providence.

Finalement, les doigts de Bunny se raidirent, prenant une forme plane qu’il fut en mesure de mettre à mal des ciseaux que formait sa propre pogne. La brune grommela, il s’esclaffa de joie.

« Bordel... »

RJ serra les poings dans une expression crevante de satisfaction et d’exaltation. Brusquement mordu d’adrénaline et d’une euphorie à peine dissimulée, il se leva, quittant le canapé comme un vampire son cercueil, filant vers la cuisine quand la jeune femme lui demanda de quoi noyer son amertume d’avoir perdu leur partie. Était-elle seulement déçue ? Réellement fâchée par l’issue de leur petit combat ? Elle n’avait pas dit vouloir qu’il s’en aille, simplement qu’il était plus raisonnable pour tout le monde de le voir disparaître, au moins le temps d’une soirée. Il y avait toujours eu un gouffre entre les paroles sérieuses de son ancienne amante et ce que son cœur l’implorait de dire. Il la connaissait assez pour savoir que ses yeux et ses gestes parlaient bien plus que ses lèvres.

La porte du réfrigérateur couina quand il l’ouvrit à la volée pour extirper deux nouvelles bouteilles de boisson maltée. RJ chantonnait presque en revenant, les capsules de leurs boissons abandonnées sur le comptoir à côté de l’évier, son crochet vers la porte d’entrée pour enfin retirer ses grolles effectué. Il troqua la bière vide de sa brune contre un équivalent encore plein et se laissa retomber sur le canapé, bien moins loin qu’il ne l’était par le passé. Le sentiment d’avoir vaincu le destin apaisait les tempêtes qui faisaient rage dans son crâne et le laissait d’une humeur moins monotone que celle qu’il traînait jusqu’alors. Le serrurier avait toujours été un bon joueur, acceptant les défaites mais jubilant des victoires.
Il vida sa précédente boisson d’une traite puis claqua le cul de la canette de verre pleine contre celle de Bunny avant de l’inaugurer. Le goulot entre les dents, il descendit un bon tiers de sa bière avant de reprendre son souffle.

Le trentenaire replia une jambe sur le canapé, prenant garde à ne pas imposer une torsion trop désagréable à son buste. Il planta son coude sur la tranche du dossier pour faire face à son interlocutrice, plus proche qu’il ne l’avait réalisé en se réinstallant. Un réflexe le poussa vers elle, ses doigts filèrent dans ses longs cheveux noirs aux allures de piège. Il dégagea doucement son visage des petites mèches récalcitrantes qui l’encadraient.

« J’ai pas besoin d’une infirmière, quand je viens, tu sais. »

Il se rendit compte de la difficulté qu’elle aurait à suivre le fil de ses pensées s’il n’éclaircissait pas un peu le chemin qui l’avait mené jusque là.

« Ce que tu disais, juste avant ? Bien-sûr que Bean fait un bon prétexte pour me pointer ! mais j’ai pas envie de l’invoquer comme excuse pour frapper à ta porte. J’ai pas à me chercher d’excuse du tout … Tu me manques, ça suffit pas ? »

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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptySam 24 Juil - 8:21




La satisfaction irradie par tous les pores de sa peau, quand bien même il ne lui a pas fait l'affront de pousser un cri victorieux. Il n'en a pas besoin, le sourire goguenard qu'il mord suffit amplement, tout comme la démarche trop fière qui le mène à la cuisine. Et tandis qu'il lui tourne le dos, Bunny a tout le loisir de le dévorer des yeux, happée qu'elle est par les images qui, dansant devant ses yeux, se superposent aux souvenirs qui la hantent. RJ a soudain des allures de fantôme surgi tout droit d'une autre époque. Elle n'a qu'à laisser divaguer son esprit pour les revoir, quelques années auparavant, dans ce même appartement, elle jouant les princesses sur le canapé, implorant de ses battements de cils pour qu'il accède à ses désirs sans qu'elle ait besoin de se lever. Il y a quelque chose d'infiniment rassurant, à le voir jouer encore, à s'assurer que la prison n'a pas fini par avoir raison de ses sourires arrogants et de cet air gouailleur qui donne envie à tous de lui en coller une... Et à son ex-femme de fondre sur sa bouche.

June cligne des yeux, comme ramenée brusquement à la réalité par le corps qui vient s'affaler près du sien dans le fauteuil. Les joues déjà légèrement rosies par sa défaite, autant que par son matage en règle, elle cille encore un peu lorsqu'il glisse sa main dans ses cheveux. Quand est-il arrivé si près d'elle, alors qu'elle tentait de laisser une distance raisonnable entre eux ? Son visage fin s'incline doucement, pour venir appuyer contre la paume masculine, dans un geste qu'elle aurait dû réfréner. Et avec une innocente sincérité, elle répond tout bas.

Si, bien-sûr que c'est suffisant...

Il faudrait qu'elle le tienne éloignée d'elle, de sa vie, qu'ils soient comme ces couples divorcés qui ne se voient que pour se passer les mômes, et s'évitent comme la peste le reste du temps. Mais elle n'en a jamais été capable. Aussi loin que remontent ses souvenirs conscients, RJ a toujours fait partie du tableau. Il faut qu'il soit là, toujours, à graviter autour d'elle, pour qu'elle n'ait pas le sentiment de vaciller dangereusement. Elle ne saurait pas comment exister dans un quotidien dont il ne ferait pas partie. Les quelques mois qu'elle a passés à repousser les visites ont été une torture, pour elle aussi. La brune tend la main à son tour, et survole de l'index un hématome violacé sur le visage du serrurier.

J'aurais préféré que tu viennes chercher une infirmière... J'aurais pris soin de toi.

Elle aurait voulu être encore la première personne vers laquelle il court, lorsqu'il se retrouve blessé. Elle aurait voulu lui offrir le réconfort de ses bras, et la douceur de ses gestes pour soigner ses blessures. Elle aurait voulu savoir, tout de suite, qu'il avait des ennuis, et qu'il était encore capable de la considérer comme un refuge... Mais tout ça n'a rien de raisonnable, et c'est en le réalisant qu'elle laisse doucement retomber sa main. Comment pourrait-il comprendre, qu'elle ne veut plus être sa femme mais qu'elle a encore besoin d'être celle qui s'occupe de lui, et veille sur lui ? Légèrement mal à l'aise des signaux contradictoires qu'elle envoie, June tourne la tête, et noie sa gêne dans une longue gorgée de bière, avant de tenter une bien piètre diversion.

Comment ça se passe, avec Ty' ?

Emi Burton

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RJ Kelly
sanctuaire : 8 Mile Road, de retour chez sa mère. Coincé entre Billy, Frankie et les emmerdes de chacun.
ombres & névroses : un mètre quatre-vingt-cinq. L’arête du nez légèrement croche depuis l’adolescence, juste retour de flammes façon gnon dans la tronche d’une patate de forain lâchée à plus fort que lui. Une moustache dont il est particulièrement fier, puisqu’il a mis trente-deux ans à la faire pousser - il ne désespère pas d'avoir une vraie barbe d’ici la cinquantaine. Des cheveux blancs de plus en plus nombreux, qu’il refuse pertinemment d’admettre. Un tatouage lui mordant le cou et le biceps gauche. Une flopée de cicatrices, souvenirs de toutes ces fois où l’univers a été plus clément avec lui qu’il n’aurait dû.
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MessageSujet: Re: Cash-misère || Bunny   Cash-misère || Bunny EmptySam 24 Juil - 11:06

Quelle autre raison pouvait-il bien avoir de quitter les bas-fonds de la ville pour grimper jusqu’à Midtown, si ce n’était le besoin de la voir pour éponger le manque. Ne pas s’endormir à ses côtés était plus douloureux que dans ses souvenirs ; c’était une chose de la savoir seule dans leur lit lorsqu’il était en prison, à nourrir la certitude de la retrouver dès lors qu’il embrasserait la liberté. C’en était une autre d’avoir à fixer les craquelures au plafond de sa chambre de gosse sans son corps chaud pour l’aider à trouver le sommeil. RJ était encore tenaillé par le réflexe de se tourner durant la nuit et de chercher ses courbes à ses côtés, où ne se trouvait plus aujourd’hui qu’une place vide et terriblement froide, ou une autre, ces quelques soirs où il avait tenté de remplacer sa femme dans son esprit, en vain.

« Si, bien-sûr que c'est suffisant… »

Son cœur tituba imperceptiblement à ces mots, et plus douloureusement quand les doigts féminins parcoururent l’une des ecchymoses qui craquelait son visage. Il ne chercha pas à fuir son contact cette fois, magnétisé par sa proximité et la douceur qu’il lisait dans ses prunelles.

« J'aurais préféré que tu viennes chercher une infirmière... J'aurais pris soin de toi. »

Un sourire vaporeux se ficha sur sa bouche. S’il ne doutait pas une seule seconde qu’elle l’aurait remis en état en temps normal, il n’était pas certain que faire irruption dans son monde un samedi soir, trois jours après avoir claqué la porte de l’appartement, une déception crasse entre les dents, lui aurait valu le même accueil qu’aujourd’hui. Pourtant, son premier réflexe, une fois la rossée passée et sa gueule relevée du plancher des vaches, avait été de se traîner en pensées jusqu’à la brune. Mais sa raison lui avait intimé de lutter contre tous ses instincts, et il s’était contenté de retourner à Eight Mile où Summer l’avait accueilli d’une manière moins chaleureuse.
Sa génitrice l’avait considéré de haut en bas et de bas en haut lorsqu’elle l’avait vu passer le seuil de la maison, planquée derrière un verre de mauvais vin noyé de glaçons. Elle lui avait demandé, tannée, s’il fallait le conduire à l’hôpital avant de se raviser, jugeant qu’il avait réussi à revenir jusqu’ici sans trop de peine, et qu’il pouvait donc se ramener seul à la clinique la plus proche. Le sens des priorités de sa mère l’avait toujours ébloui ; mais peut-être Bunny aurait-elle eu la même réaction si elle avait dû élever sept petits cons plus infoutus les uns que les autres de se tenir hors du danger.

La simplicité de leur échange changea brusquement quand la peau de son ancienne amante se défit de la sienne. La jeune femme planta son regard ailleurs, où celui du brun ne pouvait le rattraper. Il déglutit une gorgée de blonde pour faire passer l’acidité qui lui brûla la gorge et récupéra ses doigts à son tour.

« Comment ça se passe, avec Ty' ? »

Une moue indécise. Il ne pouvait réellement jauger son retour sur le marché de l’emploi à cette simple journée passée dans l’arrière-boutique. Sans étonnement aucun, RJ n’avait pas ressenti la même excitation à l’idée de trier des mois et des mois de fournitures accumulées que celle qui le mordait lorsqu’il se tenait devant une porte close ou un coffre à fracturer.

« Pas trop mal, j’imagine ? L’équipe a un peu tourné, mais y a quelques gars qui ont l’air efficaces. Y a un petit con d’une vingtaine d’années qui me fait penser à Billy au même âge et que j’ai envie de claquer, mais ça va passer. Il soupira et but une gorgée. Ça fait du bien d’avoir une vraie raison de se lever le matin. »

Il craignait de lui demander comment se passait son travail, conscient qu’une telle question les ferait s’embourber dans de longues minutes d’une conversation plate à la limite de l’hypocrisie. Le trentenaire s’intéressait davantage à ce qu’elle ressentait réellement qu’au déroulé d’une journée type à la botte d’un promoteur immobilier d’importance à Détroit. Bean ne rentrait plus si souvent qu’avant, son ex-mari envahissant sortait tout juste de taule, son nouveau compagnon laissait ses poils dans la douche, l’appartement devenait soudain silencieux quand ils avaient passé des années de leur vie dans un environnement bruyant à l’excès … RJ avait la sensation d’avoir manqué tant de choses, de n’avoir pu être là pour l’épauler à chaque changement ou tournant drastique sur son chemin.

« Comment tu vas, souffla-t-il donc, une franche lueur d'inquiétude dans les yeux. »

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